[CONSEILS DE PRO] Comment Fred Gelard a fait de son film “Free Party” un vrai succès VOD !

Depuis son inscription sur OKAST il y a quelques mois nous constatons une forte activité de son moyen-métrage “Free Party”. Fred a été parmi les premiers à envisager le numérique comme un véritable outil pour la distribution de son film. Aujourd’hui son film compte plusieurs milliers de ventes en VOD et une page facebook de plus de 30 000 fans. Retour sur un parcours inspirant, avec à la clé 7 conseils utiles pour des créateurs qui souhaiteraient se lancer.

Peux-tu nous parler de ton parcours? Comment en es-tu venu à réaliser des films?

J’ai commencé en faisant les Beaux-Arts à Rennes, et du théâtre en parallèle. J’ai toujours eu une âme d’artiste : j’ai fait de la peinture, du cinéma, de la musique (j’avais un groupe de rock), et déjà au lycée je tournais des petits trucs en Super 8 avec mes amis. J’ai toujours eu une démarche de “faiseur”, on y allait et on apprenait sur le tas.

Le théâtre m’a permis de rencontrer Philippe Alard, qui m’a fait jouer dans son premier film : “Villa Beausoleil”. Cette première expérience m’a ensuite permis de rencontrer en 1994 le réalisateur Christian Vincent qui m’a embauché dans son deuxième long-métrage “Beau fixe”.

Cette période correspond également aux années où je suis arrivé à Paris. Là, j’ai baigné dans le milieu artistique et culturel : je suis rentré à Artmedia, j’habitais avec mes amis dans un squat d’artistes dans le 18eme. Nous avions monté une association pour organiser des fêtes, des expositions… Finalement j’ai décidé de me recentrer vers ce que je connaissais vraiment : le cinéma. Nous avons donc décidé, toujours avec cette association, de faire un film. J’ai écris un scénario, qui a donné lieu très rapidement à mon premier film “Où tu vas” en 1996, un moyen métrage d’une durée de 30 minutes. Un film tourné avec les moyens du bord : une caméra super 16 louée pour un mois, un chef opérateur qui était un copain photographe et des acteurs pour la plupart amateurs, sauf quelques uns, comme Karin Viard.

Mon parcours dans l’art a pris tout son sens puisque j’ai pu regrouper un certain nombre de connaissances qui ont œuvré pour ce projet. Le film ayant quelques difficultés financières pour se finaliser j’ai contacté un ancien producteur avec qui j’avais collaboré dans le passé, Dante Desarthe. Grâce à lui nous avons pu vendre le film à Arte en 1997, et ce dernier a fait un certain nombre de festivals.

Après cette première expérience j’ai rencontré de jeunes réalisateurs qui m’ont demandé de travailler sur un scénario pour leur comédie “Ma vie active”, sur laquelle j’ai aussi fait de la direction d’acteurs !

Quelques mois plus tard, j’ai rencontré la société de production “Les films au long cours” qui me commande un travail d’écriture. C’était un travail beaucoup plus complet et moins spontané que ce que j’avais fait jusqu’à présent. J’ai été aussi en charge de trouver des financements. Le projet a abouti sur le court-métrage “Dans mon île”, tourné en Bretagne, qui est vendu à France 3 et sélectionné dans de nombreux festivals français et internationaux.

La collaboration avec “Les films au long cours” se passant bien, ils me demandent alors de me pencher sur un nouveau projet, cette fois-ci pour un long-métrage. Après plusieurs mois de réflexion, je fais un voyage au Cameroun avec ma femme (originaire de là-bas) qui me donne l’idée d’un film autour du monde du hip-hop au Cameroun. On travaille alors sur l’écriture du film pendant plusieurs années, mais malheureusement le film ne verra jamais le jour. Après avoir fait le deuil de ce projet, je me dis qu’il faut que je me remette à la recherche d’un projet.

C’est à ce moment que te vient l’idée du film Free Party?

Je travaille un peu dans l’événementiel et découvre par l’intermédiaire de ma femme qui travaille dans la musique le milieu des free party et des Travellers en 2006. Pour un évènement, ils ont besoin d’aide sur la régie, notamment pour le montage de plateaux. La découverte de ce milieu me redonne l’envie de faire un film donc que je réfléchis à un scénario autour de cet environnement pendant plusieurs années, que j’écris finalement en quelque semaines fin 2011.

Comment as-tu envisagé la production de ce nouveau projet?

A ce moment là, je me prépare à refaire un film comme mon premier film avec des moyens modestes et des fonds personnels. Je recroise à ce moment là Dante Desarthe et lui raconte mon projet. Il me propose alors de le produire avec un mode de financement traditionnel : recherche de subventions et de diffuseurs. Fin 2012, on obtient l’accord du CNC pour une subvention, puis on décide de lancer la production début d’été 2013 même sans avoir bouclé tous les financements (nous attendions encore des réponses de diffuseurs et de la Région).

Nous démarrons avec une équipe de 20 personnes dans un environnement de tournage en pleine nature, sans beaucoup d’électricité. C’était un peu rock ’n’ roll mais ça me permettait de retrouver les thématiques qui m’avaient suivies dans mon parcours : la liberté, la famille, s’assumer soi-même, la marginalité… En ce sens, ce qui m’a séduit c’est le côté contradictoire des personnages : ils recherchent une liberté, mais se regroupent en famille ou re-créent une famille… Ces thème m’ont plu et m’ont inspiré.

Ensuite il a fallu convaincre les partenaires là-bas : j’avais besoin du décor, des camions, des caravanes, des camps de Travellers. Il a fallu discuter avec la communauté, je les ai rencontré plusieurs fois pour leur expliquer le scénario. Je les ai impliqué dès le début du projet, pour que ce soit un projet commun. Certains ont même joué leur propre rôle dans le film. Mon but était de remettre beaucoup de réalité dans la fiction, avoir un aspect un peu documentaire.

Comment as-tu intégré le numérique dans ton projet?

Les financements peinant à arriver, je décide de lancer une campagne de crowdfunding pour compléter le budget, à hauteur de 5000 ou 6000 €. A ce moment je vois uniquement l’aspect financier, et ne pense pas forcément à l’aspect communautaire que peut engendrer une telle campagne. Malheureusement nous n’arrivons pas à obtenir toute la somme demandée.

Nous lançons une page facebook juste avant le tournage dans laquelle nous mettons des photos, des informations sur le tournage… Puis pendant l’été cette page atteint rapidement 1500 personnes.

En fin de tournage, nous nous rendons compte qu’il va être délicat de boucler le projet avec le budget initial. On décide alors de relancer une campagne de financement participatif pour la post-production. Cette fois-ci on a déjà une page Facebook avec plus de 1500 fans et surtout de la matière à montrer. Nous décidons de faire un montage de quelques scènes mises bout-à-bout, sans étalonnage ni mixage, pour avoir une première vidéo que je poste sur la page Facebook… La réaction est immédiate, on passe de 1500 à 10 000 likes de façon organique, en quelques semaines… La deuxième campagne de financement participatif est donc cette fois-ci un succès.

C’est à ce moment là que tu comprends qu’il y a une révolution en marche avec le numérique?

Toute cette agitation autour du projet (critiques positives et négatives, beaucoup d’engagement avec certains postes qui sont commentés plus de 150 fois) me fait réfléchir, et je commence à m’intéresser aux nouveaux modes de diffusion liés au numérique. Je crée donc un compte Twitter, mais également une boîte mail où je propose aux gens de me contacter. Je reçois énormément de sollicitations, c’est là que je comprends la puissance d’avoir un contact direct avec son audience… Je ne viens pas du tout du milieu marketing et je découvre les nouveaux le potentiel et les perspectives de ces nouveaux “jouets” du numérique… Je découvre à ma manière, comme un artiste, un créateur qui aime s’amuser avec les éléments.

Cela ne nous empêche pas de continuer à exploiter le film de façon “traditionnelle” en l’inscrivant à des festival (nous avons participé à plus de 20 festivals dans le monde, dont certains prix à Los Angeles, au Kosovo, en Corée du Sud etc…). J’ai d’ailleurs très rapidement fait sous-titrer le film en plusieurs langues, car aujourd’hui le web est mondial !

Internet m’a permis d’exposer le film partout dans le monde, comme il n’était pas possible de le faire il y a quelques années. Le sujet du film étant communautaire, sur une population de Traveller qui voyage partout dans le monde cela me paraissait légitime et obligatoire.

Quels seraient tes conseils pour des créateurs qui souhaiteraient exploiter leur film en ligne? Quels outils utiliser pour promouvoir son offre?

1/ L’outil Facebook, et plus précisément la création de la page du film, a été extrêmement important. Je recommande de créer une page pour le projet pour commencer à agréger une audience. Facebook permet aussi de suivre des pages liées à cette thématique et de suivre les actualités liées à la thématique que le film raconte.

2/ Je dirais que le format vidéo est un levier formidable. J’ai travaillé le film comme un long-métrage avec une bande-annonce, un teaser. Je l’ai mise sur tous les supports : youtube, dailymotion, vimeo.

3 / La consistance de publication et la multiplication des plateformes : j’ai fait une page Google + pour le référencement, dès que je poste une news elle est dans les premiers résultats de recherche. J’ai créé un compte Twitter. Avec le recul j’aurais pu aller sur Instagram, qui est un réseau très intéressant pour les contenus autour d’une thématique spécifique ou de niche. Ensuite, j’ai posté énormément sur Facebook et Google +, de manière régulière. A tel point que lorsque quelqu’un tape “Free Party” sur Google ou les réseaux sociaux je pense qu’il finit par tomber sur un de mes liens !

4/ Le levier presse professionnelle a un peu moins marché car je pense que le film a manqué d’un grand festival (surtout en France). Mais il n’est pas à négliger. J’ai ainsi pu avoir une interview sur Trax Mag.

Certains journalistes étrangers ont pu voir mon travail via les festivals ou la VOD et j’ai été contacté. Un journaliste Nigerian qui travaille à New-York a fait une interview qui a été publiée sur indie activity

5/ Quand on fabrique un film, il faut se donner un budget pour la communication et le marketing. Et surtout impliquer l’équipe au maximum. Il faut aussi créé un process qui permet à toute l’équipe du film (machiniste, régisseur, maquilleuse etc…) de poster des images facilement sur un serveur cloud par exemple. Sur la feuille de tournage il faudrait écrire “N’oubliez pas de faire votre post aujourd’hui”. Attention : il ne faut pas forcément chercher à trouver des clients, mais plutôt développer une audience fiable, fidèle qui sera là quoi qu’il arrive. Et partager au maximum, en toute générosité avec elle.

6/ Les réseaux sociaux peuvent être violents, il faut savoir mettre son ego d’artiste de côté. Les gens sont volatiles et peuvent être difficiles. Il faut prendre du recul, je dirais que dans la mesure du possible il est certainement plus simple de le faire à plusieurs, avec une personne qui est moins dans la création et plus dans la modération, pour faire tampon, commenter, partager, faire réagir… En revanche le pouvoir de la communauté est très fort, car j’ai vu des personnes que je ne connaissais pas défendre le film.

7/ Ce nouveau mode d’exploitation peut ouvrir énormément de portes dans le réseau professionnel. J’ai beaucoup posté sur Linkedin, qui est un outil extrêmement puissant. Grâce à ce film j’ai eu la chance de pouvoir rencontrer des producteurs et certains sont intéressés pour faire un long-métrage dont un sur ce milieu. Car effectivement sur un moyen métrage on ne peut malheureusement pas traiter tous les aspects et il y aurait matière à faire un projet plus long .

Pour un producteur, partir d’un projet qui a déjà fédéré plus de 30 000 fans, offre un potentiel très intéressant pour un film ! La page Facebook, mon film en VOD et mes diverses activités en ligne m’ont vraiment permis de valoriser mon travail.

Que retiens-tu de tout ça? Quels sont les projets pour la suite?

Le numérique est une vraie révolution. J’ai trouvé ça très jouissif et agréable de m’amuser avec ces outils. il y a un côté créatif, en postant, ou en publiant des informations, ça oblige à rester en contact avec ton objet.

Cette expérience a complètement changé ma vision sur comment on peut travailler un objet artistique : il ne s’agit plus juste de faire un contenu mais d’intégrer des axes de communication autour du projet. On peut même aujourd’hui, en fonction des acteurs financiers et du chemin que prend le film en direction d’un certain public, défendre des visions plus personnelles, voir plus politiques, à travers un objet artistique comme un film et au final l’exposer au monde entier grâce aux nouvelles technologies ! Même si notre projet n’entre pas dans le schéma de diffusion traditionnel ou le réseau “classique”, on peut quand même réussir à l’exposer.

Je suis tellement convaincu de cette révolution que le prochain film que je ferai, je commencerai par réfléchir comment intégrer le Web dans la stratégie de création et de diffusion. Avoir des feedbacks en direct de son audience, sentir que des gens sont intéressés et qu’il y a une émulsion est très positif dans le process de création.

Enfin j’ajouterai qu’avec le numérique on se doit même de penser différemment les scénarios. Intégrer une thématique forte et un angle de communication au projet est essentiel. Si on sent qu’il y a des communautés fortes autour de certaines thématiques, on peut tout à fait orienter le scénario ou la promotion vers cela pour toucher une plus large audience de la façon la plus efficace possible.

Pour voir le film en VOD: https://free_party.okast.tv/#/

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