De votre idée de film à la réalité économique du cinéma : 3 erreurs fondamentales à éviter

Avant de penser à distribuer ses contenus en VOD sur OKAST, encore faut-il avoir l’idée de film ! Aujourd’hui c’est Marc du blog Cineaste indépendant qui nous partage son expertise. Enjoy 😉

Vouloir écrire et réaliser une oeuvre cinématographique, va très souvent de paire avec l’idée de devoir traverser un parcours du combattant. Parcours à travers lequel l’auteur devra défendre son idée jusqu’à sa concrétisation. Si ce processus de concrétisation est aussi fastidieux, c’est avant tout parce que le cinéma est un art qui coûte plus cher que la plupart des autres formes de créations (et aussi parce qu’il s’agit d’un art collectif qui implique de réunir des moyens humains).

Jacques Audiard, cinéaste français et fils du célèbre dialoguiste Michel Audiard, déclare lui-même que toute oeuvre cinématographique s’autodétruit dans son propre processus de réalisation. Ce qui sous entend un bon nombre de paramètres qu’un créatif se doit d’accepter. À commencer par le fait qu’il y aura toujours une dissonance évidente (du point de vue du créatif) entre la vision originelle de l’idée du film et le résultat finalement obtenu. Parfois pour le pire et parfois pour le meilleur. Comme dirait un réalisateur et producteur avec qui j’ai eu l’occasion de collaborer plusieurs fois : “C’est le jeu ma pauvre Lucette !” :o)

 

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Bref, tout ça pour dire que l’objectif de cet article n’est pas d’aborder le processus créatif en tant que tel. C’est en effet un sujet que je m’emploie déjà à étudier de manière plus ou moins approfondie sur mon blog. J’ai donc choisi de m’orienter ici vers un axe plus en phase avec le service proposé par la plateforme OKAST.

 

Rappelons rapidement (et de manière très élémentaire), que la concrétisation d’une oeuvre cinématographique se décompose grosso modo en trois grandes phases :

 

  1. La naissance et le développement d’une idée.

  2. La production du film.

  3. La diffusion et l’exploitation de l’oeuvre.

 

OKAST vous propose une solution pour mettre en place vous-même votre plateforme de vidéo à la demande. Autrement dit, il s’agit là d’une solution essentiellement focalisée sur la troisième phase : la diffusion et l’exploitation de vos oeuvres.

Même si les solutions de diffusion sont aujourd’hui légion sur internet, cette facilité d’accès ne remplace pas le réel travail de fond qui doit être fait en amont pour optimiser au mieux la portée (et donc la visibilité) de vos oeuvres. Particulièrement lorsqu’il s’agit de les diffuser sur le web… Ce continent immense qui double de volume chaque jour !

Ce n’est pas sans raison que je me permets de vous rappeler ce paramètre. J’aimerais en effet que l’on se penche ensemble sur un sujet qui me tient particulièrement à coeur : le rapport entre la confiance que l’on peut vouer à ses idées, et la dure loi de la réalité économique propre à la diffusion et à l’exploitation de ses oeuvres.

 

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Lorsque j’ai commencé à écrire mes premiers vrais scénarios, j’étais rarement persuadé que mes idées pouvaient donner lieu à des échecs. C’était même tout l’inverse, et j’étais très loin de remettre en question la qualité et l’originalité de ce que j’écrivais.

Cela dénote d’un travers assez fondamental dont la plupart des gens qui débutent font preuve. Celui de notre égo, qui nous murmure dans l’oreille que ce qui vient de nous est forcément génial. Comment puis-je être aussi sûr que la majorité des gens passent par cette phase ? Il s’agit là d’un constat totalement objectif des dizaines de mails que je reçois chaque mois des lecteurs de mon blog.

Et même si je donne l’impression de juger les gens sur ce point, je vous assure que ce n’est absolument pas le cas. Je pense que presque tout le monde passe par cette phase d’excès de confiance, même si celle-ci peut sans doute prendre différentes formes selon les individus.

Par ailleurs, je suis aujourd’hui intimement convaincu que le fait de parvenir à prendre du recul par rapport à ses propres idées et créations, est l’un des aspects les plus délicats à gérer pour un cinéaste (et certainement pour n’importe quel créateur). Savoir prendre du recul, implique généralement d’accepter de percevoir son idée de film ou son oeuvre sous l’angle très inconfortable de l’imperfection, voir même de la médiocrité. Mais je vous assure qu’il y a bien pire que de croire que son idée est géniale : se convaincre que l’oeuvre qui en découlera aura forcément du succès. Gardez à l’esprit que toute anticipation non fondée, constitue une hypothèse à risque ! Particulièrement s’il y a un enjeu économique à la clé.

 

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Au cours de l’année 2013, j’ai été engagé à temps plein en qualité d’assistant à la direction artistique dans une jeune startup. La stratégie de la structure était très simple :  proposer des prestations de services dans la vidéo et la conception multimédia, pour pouvoir développer un produit en interne. Ce dernier devait pouvoir générer un chiffre d’affaire suffisant pour faire vivre la boîte sans avoir besoin de proposer de nouvelles prestations. Une stratégie simple, qui reposait avant tout sur un pari très audacieux.

Après une bonne dizaine de mois, une seule idée de produit était sur les rails. Il s’agissait d’une application mobile dont le concept se rapprochait étonnamment de celui du jeu Pokémon Go (sans la licence, bien entendu). La startup était dans une situation très délicate. La réserve de cash était au plus bas, aucun contrat à l’horizon et surtout, aucune ligne de code n’avait encore été écrite pour développer l’application. Seuls les documents relatifs au concept et au game design étaient en cours de finalisation. L’idée du produit était restée privée.  Elle a en effet été développée dans la confidentialité la plus totale. Pour concevoir le produit, il fallait néanmoins envisager la solution du financement participatif. Ce qui impliquait nécessairement de présenter le concept du produit “sur la place publique”. Autrement dit : accepter de confronter une hypothèse cultivée dans le secret le plus absolu pendant dix longs mois… à la réalité du marché !

À ce moment-là, l’ambition était donc double. Il fallait d’abord construire une communication autour du produit (car personne ne le connaissait), mais aussi et surtout, récolter plusieurs milliers d’euros pour pouvoir assurer le financement de la phase de production.

La suite, vous l’avez déjà sûrement devinée… La campagne de crowdfunding a été un échec et la startup a mis la clé sous la porte quelques mois plus tard.

 

Pourquoi est-ce que je vous raconte cette histoire ?

Car elle m’a permis de prendre réellement conscience de plusieurs erreurs à ne pas faire lorsqu’on décide de se confronter à l’imprévisibilité inhérente à toute forme de création. Si vous souhaitez faire un film sans forcément avoir pour ambition de bâtir quelque chose de viable économiquement parlant, il existe des solutions pour ne pas mettre à risque ses propres finances. Je pense notamment aux aides régionales en France par exemple. Si au contraire, vous cherchez à atteindre un objectif financier en vendant vos films en VOD (même en partant d’un très petit niveau de moyens disponibles), je ne peux que vous conseiller très vivement d’éviter autant que possible de faire ces trois erreurs :

 

1- Ne pas se donner les moyens d’itérer.

La première chose à faire pour optimiser vos chances de trouver “la bonne formule”, est de se donner les moyens d’itérer, encore et encore ! C’est statistique. Plus vous ferez d’essais, plus vous aurez de chances qu’une de vos créations trouve son public. La première erreur facilement identifiable dans l’histoire de cette start up, est celle d’avoir développé un seul et unique prototype de produit. Et par conséquent, de s’être donné une seule et unique chance de réussir. Vu de l’extérieur et avec du recul, tout cela paraît presque évident aujourd’hui. Mais je vous assure que sur le coup, ça ne l’était pas du tout.

 

Je vois souvent des cinéastes qui font “all in” avec leur idée de film. Ils mettent la barre bien haute en terme d’ambitions et ils investissent tout de suite plusieurs mois (voir même plusieurs années) pour des oeuvres qui ont 90% de risques de n’atteindre aucun public (ou presque). Encore une fois je ne me pose pas en juge, car j’ai moi-même fait cette erreur pendant (trop) longtemps !

 

À chaque fois que vous décidez de vous engager dans un projet de film (même si vous n’êtes pas l’auteur), prenez le réflexe de mesurer ce que vous devez investir dedans. Que ce soit en argent en temps ou en énergie. D’ailleurs, personnellement j’accorde toujours plus de poids au temps qu’à l’argent. C’est la seule chose qu’on ne peut jamais rattraper. Toute minute dépensée ne sera jamais retrouvée ! Demandez-vous le plus honnêtement possible si cet investissement ne serait pas mieux employé autrement. Plutôt qu’un seul gros projet, il est souvent plus intéressant de se pencher successivement sur plusieurs projets de tailles et d’ambitions plus modestes.

 

2 – Se prémunir des tests en conditions réelles.

Faites particulièrement attention à cette erreur, car elle peut découler d’un mécanisme de défense psychologique assez insidieux. Il est souvent très facile de se mentir à soi-même sur la qualité de ses idées créatives. Mais lorsqu’il s’agit de tester et d’éprouver celles-ci en conditions réelles, c’est une autre histoire. Non seulement cette startup n’avait qu’une seule et unique chance de réussir, mais en plus de ça, elle a retardé l’échéance pendant dix longs mois. Une période pendant laquelle l’incertude était totale. Je pense qu’il faut vraiment s’entraîner régulièrement à surmonter la peur de l’échec. Particulièrement en France, où l’échec est encore un sujet assez délicat. Sortir de sa zone de confort pour confronter ses idées à la réalité, est très souvent une étape plutôt désagréable à entreprendre. Mais le fait de reculer l’échéance ne vous avantage en rien. Si votre idée de film et la création qui en résulte ne porte pas les ingrédients d’une réussite, vous avez tout intérêt à le savoir le plus tôt possible. De cette manière, vous pourrez passer plus rapidement à autre chose.

Le corrolaire de tout ça, c’est de ne pas communiquer assez efficacement autour d’un projet. Même (et surtout !) lorsqu’il parvient à toucher un certain public. Une bonne communication ne compensera jamais un manque de qualité inhérent à une création. Si votre film ou websérie est mauvais(e), la communication ne lui donnera pas de seconde chance. À contrario, si vous avez entre les mains une oeuvre géniale et que vous n’en parler pas assez, vous diminuez drastiquement vos chances d’obtenir des résultats probants. D’ailleurs, lorsqu’on se lance dans une production cinématographique, il ne faut jamais oublier l’investissement alloué à la communication. La vie d’une oeuvre ne s’arrête pas lorsque celle-ci est finalisée. C’est à ce moment-là qu’elle commence !

Alors comment faire lorsqu’on part de zéro et qu’on n’a aucun levier véritablement intéressant pour communiquer autour de son projet ?

 

En réalité, je pense qu’on a tendance à intuitivement aborder les choses dans le mauvais sens. Je m’explique… Avant lorsque je me lançais dans un nouveau projet, je pensais d’abord à l’idée et à son exécution d’un point de vue créatif. Une fois que le film était finalisé, j’abordais la problématique de la visibilité et de la communication. Le problème fondamental de cette approche, c’est qu’à chaque nouveau projet, il faut repartir de zéro. C’est la raison principale pour laquelle je pense que la meilleure chose à faire dans un premier temps, est de développer une communauté ciblée.

En d’autres termes, de créer sa propre “place publique”. Et je suis loin d’être le seul à le dire ! La team OKAST préconise à tous les créateurs de commencer par bâtir une communauté. À moyen et à long terme, vous pouvez capitaliser sur cette communauté de multiples façons. Vous pouvez par exemple questionner cette dernière sur ses attentes, et anticiper de cette manière sur les idées et projets qui auront davantage de chances de toucher votre premier public. C’est d’ailleurs précisémment ce qu’un collègue cinéaste et moi-même faisons en ce moment en développant une communauté autour d’un collectif d’auteurs de science-fiction.

 

3 – Fonder une stratégie sur le néant.

La stratégie initiale de la start up était de mettre tous ses oeufs dans le même panier. Et ce, en essayant d’anticiper sur la base de données non fondées. Petite piqûre de rappel : toute anticipation non fondée constitue… une hypothèse à risque. Le seul moment où vous pouvez vous permettre de penser de manière stratégique, est celui où vous êtes sûr d’avoir le début de quelque chose. Un film qui devient viral, une websérie qui affiche une croissance naturelle du nombre de vues, un documentaire qui atteint un distributeur potentiel, etc.

Ensuite, n’oubliez-pas de penser en quatre dimensions… À force de côtoyer des cinéastes, je me suis rendu compte que beaucoup refusent d’écrire et de réaliser des formats courts, car ils ressentent le besoin d’avoir plus de temps pour développer leur histoire, leurs personnages, etc. Il n’y a absolument aucun mal à cela… à condition d’être capable d’assumer la production ! Il faut d’ailleurs savoir que l’écriture de scénarios courts est un exercice qui peut s’avérer extrêmement enrichissant. Il peut notamment vous entraîner à raconter les choses de manière concises et souvent plus efficace.

Mais ce que je trouve vraiment dommage, c’est de vouloir absolument réaliser un produit final en une seule étape (et la plupart du temps sans aucun partenaire financier). Je pense qu’il ne faut jamais négliger les opportunités qui peuvent se présenter grâce à la concrétisation d’un simple prototype ou d’un teaser par exemple.

Imaginons que vous souhaitiez réaliser une websérie. D’après le scénario que vous avez dans les mains, vous estimez que l’histoire se construira sur un ensemble de huit épisodes de quinze minutes chacun. Soit un total de deux heures de film (ce qui est colossal en terme de production !). Rien ne vous empêche de réaliser uniquement le pilote dans un premier temps, et de vous en servir comme argument pour tenter de convaincre de futurs investisseurs. Imaginons maintenant que vous métiez environ un an à trouver vos partenaires financiers. Entre temps, les membres de l’équipe ont certainement évolués dans leurs vies respectives. Vous ne pouvez plus faire tourner certains comédiens par exemple. Il vous faudra faire des concessions à ce niveau-là, mais la qualité du produit final sera certainement bien meilleure que si vous aviez décidé de tout produire en une seule fois au lieu de faire un premier prototype.

 

Dans la trilogie Retour vers le futur, Doc Brown rappelle régulièrement à Marty de penser en quatre dimensions. Autrement dit, de ne pas oublier que les choses peuvent évoluer dans l’espace mais aussi dans le temps. Pensez-y, nom de Zeus !! ;o)

 

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Pour conclure, je dirais qu’en ce qui me concerne, à chaque fois que je m’engage dans un projet (même si je n’en suis pas l’auteur), je m’interdis de fonder des hypothèses tant que je n’ai aucune preuve tangible. Pour moi, une preuve tangible se traduit généralement par la mesure d’une donnée précise (nombre de vues, nombre de likes, nombre de ventes, etc.). Ne vous enflammez pas non plus pour quelques milliers de vues hein ! 😀

 

Tant que vous ne pouvez rien mesurer de concret en conditions réelles, prenez le réflexe de rester sur vos gardes par rapport aux avis, critiques et même certains conseils que vous pourrez recevoir de la part de personnes non avisées ou mal intentionnées. Beaucoup de grands classiques comme Les dents de la mer ou La guerre des étoiles par exemple, sont passés par des phases de production très sombres, entourées de scepticisme et d’à priori négatifs, avant de connaître un succès retentissant et inattendu lors de leur sortie en salles.

 

Par ailleurs, le simple fait de se laisser l’opportunité de tester ses idées de la manière la moins coûteuse possible (argent / temps / énergie), se révèle incroyablement libérateur sur le plan psychologique. Si vous investissez peu dans une idée et qu’elle ne fonctionne pas, vous n’aurez pas vraiment le temps de vous y attacher. Si au contraire cette idée fonctionne, alors vous pourrez commencer à envisager les choses d’une manière plus stratégique en investissant un peu plus. Si son succès continu à croître, c’est le signe qu’il faut certainement doubler la mise, et ainsi de suite…

 

Enfin, n’oubliez pas que l’exécution d’une idée joue aussi énormément sur les résultats obtenus. Une bonne idée ne fait pas nécessaire un bon film ou une bonne série. Une idée ne garantit même jamais une bonne histoire. La bonne nouvelle, c’est qu’aujourd’hui on peut tout-à-fait se lancer dans l’exécution d’une oeuvre cinématographique avec un investissement financier extrêmement faible. Le matériel pour faire des images et du son de qualité, est devenu largement accessible au grand public. Et il n’est plus nécessaire d’espérer pouvoir atteindre un diffuseur pour pouvoir montrer (et tester !) ses créations. Si vous aspirez à vous lancer dans la création cinématographique, je ne peux que vous encourager à commencer par écrire et réaliser un film avec des ambitions modestes. À ce propos, j’ai créé une formation 100% gratuite pour aider les débutants qui souhaitent se lancer sans prendre trop de risques et en évitant la plupart des erreurs que j’ai pu faire à mes débuts. Pour vous inscrire, il suffit de cliquer sur la bannière juste en dessous et de vous laisser guider pendant 5 semaines jusqu’à la finalisation et la diffusion de votre film.

 

On se retrouve de l’autre côté ;o)

 

Marc.

VOTRE PREMIER COURT-METRAGE EN 5 SEMAINES



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